Saint Jérôme, patron des traducteurs

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Né aux confins de la Dalmatie vers 347 (vers 331 selon certains), ce fils d’une famille aisée, chrétienne et provinciale, monte à Rome pour ses études (auprès, notamment, du fameux grammairien Donat), puis à Trèves (où il escompte peut-être une carrière à la cour impériale). Mais, bientôt rentré en Italie du Nord, il est impressionné par la ferveur des clercs d’Aquilée. L’Égypte, berceau du monachisme, fascinait alors – avec les Lieux saints – les chrétiens d’Occident. Vers 372, Jérôme part pour l’Orient. Malade à Antioche, il décide de se retirer au désert voisin de Chalcis, peuplé de nombreux ascètes. L’expérience tourne court assez vite, les relations s’étant gâtées entre le Latin, amateur de livres, qui se piquait d’apprendre l’hébreu, et les moines autochtones dont l’inculture et les dissensions l’excédaient. Jérôme regagne donc les villes. À Antioche, puis à Constantinople, il parachève sa formation exégétique auprès d’Apollinaire de Laodicée et surtout de Grégoire de Nazianze, et il traduit du grec des homélies d’Origène et la Chronique d’Eusèbe de Césarée. Puis, de retour à Rome, apprécié comme interprète et expert, il est promu conseiller du pape Damase. Il y traduit les Pères grecs (Origène, Didyme) ; il révise le texte latin des Évangiles et des Psaumes. À la mort de Damase (fin 384), on se coalise pour dénoncer la dureté de ses exigences ascétiques – lui dont les relations féminines avec ses patriciennes faisaient jaser – et la nouveauté de ses travaux bibliques. À l’été 385, il dut partir. Transformant cet exil en pèlerinage, il s’embarqua à nouveau pour l’Orient.

élève de Perugino (date inconnue)
Saint Jérôme dans le désert

1480/1490

Il gagne ensuite Jérusalem, où il poursuit, infatigable, ses travaux d’écrivain, à la requête et avec le soutien d’amis d’Italie. Il continue d’entretenir une vaste correspondance (près de cent vingt lettres subsisteront de lui, allant du simple billet jusqu’à d’amples traités). D’Origène, il traduit de nouvelles homélies, et il l’exploite abondamment, avec d’autres Pères grecs, pour commenter saint Paul, l’Ecclésiaste, plus tard tout le corpus des Prophètes, ainsi que saint Matthieu. Il se remet aussi à réviser sur le grec la Bible latine. Mais les Hexaples d’Origène (donnant en parallèle sur six colonnes les diverses versions de l’Ancien Testament), qu’il consulte dans cette intention à la riche bibliothèque de Césarée, vont raviver son intérêt pour l’hébreu et donner corps à l’audacieux projet d’une nouvelle traduction de l’Ancien Testament conforme à l’authenticité de la langue originale. Mené sur quelque quinze années, cet immense travail (voir : La Vulgate) se heurtera à beaucoup de défiance due notamment à  une troublante innovation (risquant de discréditer la version traditionnelle aux yeux du peuple chrétien). Par-delà cette période scabreuse où Jérôme fait, peu glorieusement, figure de combattant pris entre deux feux, les dernières années furent sombres : nouvelles controverses ; deuils successifs de disciples  ; menaces d’invasions barbares (d’où l’afflux, à Bethléem, de réfugiés) ; incendie des monastères. Jusqu’à sa mort cependant (419 ou 420), Jérôme fait face, poursuivant ses travaux et répondant aux lettres qui n’auront cessé de lui parvenir, d’Italie, de Gaule, d’Afrique.

 

Caravagio, Michelangelo Merisi Saint-Jérôme

1606 - Rome, Galleria Borghese

 

Colantonio
Saint Jérome dans son cabinet d'étude

Naples, Museo di Capodimonte, 1445